Le 28 décembre 1895 Les frères Lumières font la toute première projection cinématographique publique.Le cinéma était né. Et avec lui, la possibilité de mettre en image et en mouvement les fantasmes érotiques et pornographiques. Alors que bien sûr le cinéma qu'on nomme traditionnelle explorait petit à petit jusqu'où la nudité pouvait être montrée, ce sont de riches amateurs qui, les touts premiers, réalisèrent les premières bandes véritablement pornographiques, bien entendu muettes et très courtes en premier lieu, qu'ils s'échangeaient au sein d'un cercle d'amis de même fortune.Elles mettaient en scènes libertins ou prostituées. Certaines collections, telles celles de l'acteur Michel Simon ou du shah de Perse, étaient impressionnantes.
En parallèle, les maisons closes permirent au grand public de s'initier au genre, afin de faire agréablement patienter leurs clients entre deux passes. Tout d'abord tourné sur place avec les moyens du bord, et très souvent des acteurs et actrices choisis dans le personnel, certaines maisons peu à peu et de plus en plus firent appel à des professionnels du cinéma.
Ainsi, dès 1904, les premières projections, tournées avec des bandes de 35 mm et là encore mettant en scène des prostituées, étaient faites aux clients en faisant la demande, facturée 500 dollars et en général en toute illégalité.
Il est par exemple tourné en 1908 "A l'Ecu d'Or", également appelé "Mousquetaire au restaurant" ou "La Bonne auberge", considéré comme le tout premier film pornographique français.Il mettait en scène un mousquetaire affamé qu'une accorte aubergiste, préalablement dépouillée, choisissait de nourrir autrement ...
Par la suite, grâce à l'invention de machines plus légères que la caméra 35 mm, passant au 16 puis au 8 mm, bien moins couteux, le cinéma pornographique se démocratise, cessant d'être réservé aux riches et aux maisons closes.Dès la fin des années 40, des amateurs peuvent eux aussi se mettre à réaliser leurs films pornos.
Le phénomène pornographique prend cependant une ampleur considérable dans les années soixantes, avec une étape singulière : l'invention des loops, des boucles visibles sur des visionneuses individuelles dans des sex shops. En effet, sur ce modèle, et profitant d'un assouplissement de la censure, Alex de Renzy va monter bout à bout des loops réalisés les soixante dernières années (de 1915 à 1975), mixés avec des scènes inédites, pour former le film "History of the Blue Movie" dont la projection 6 octobre 1970 à Los Angeles va bénéficier de l'excellente presse du climat général de libération sexuelle.
En Europe, à Copenhague, les européens déferlent de leur côté à l'exposition Sex69 le 21 octobre 1969, ils sont 50 000 à assister à la première foire du sexe.
Le monde occidental est alors tout prêt à suivre le grand boom pornographique des années 70.
La déferlante commence par le fameux Deepthroat - Gorge Profonde sous nos latitudes - de Gerard Damiano, en 1972, qui créé un véritable fait de société, symbolisant la victoire de la liberation sexuelle sur le code Hays, le visage de la censure morale s'effondrant au profit d'une humanité - pour citer l'époque - enfin débarassée des carcans sexuels immoraux et hypocrites qui la gouvernaient jusqu'ici. A ce niveau, Deepthroat pourrait être autant un film culte qu'un manifeste politique.
En 1972, aux Etats-Unis, Behind the Green Door de Jim et Artie Mitchell consacre Marilyn Chambers, la modèle posant pour des publicités de savonnette devenu star de ce que beaucoup considère comme le premier film pornographique à vocation commerciale. En 1973, toujours aux USA, The Devil in Miss Jones de Gerard Damiano enflamme la critique.De sorte que projeté peu après au festival du film fantastique d'Avoriaz, il remporte à l'avis général le prix de la critique cinématographique.
Extraits d'Emmanuelle, avec la B.O. de Pierre Bachelet
Les répercussions en France ne se font pas attendre : en 1974, Emmanuelle bien sûr, avec une Sylvia Kristel passant de fait quasi instantanément au statut de star international, conquit tout ceux qui dans l'hexagone rêvait de cette nouvelle liberté de passion et de plaisir, mais aussi Histoire d'O (les deux du cinéaste Just Jaeckin, finement accompagné d'une splendide mélodie de Pierre Bachelet) ... En 1975, le porno s'installa même une première fois au festival de Cannes, avec le film Exhibition de Jean-Francois Davy qui engrengea en France une telle fortune en salle (plus de 3.500 000 entrées dont 600 000 à Paris) qu'une importation des grands films pornographiques américains se fit systématique.Mais pas seulement, car ce fut alors le coup d'envoi d'une production nationale importante, à laquelle allait participer des réalisateurs désormais célébres, tels Paul Vecchiali avec Change pas de main ...
L'avenir du cinéma rose le semblait tout autant ... lorsque le glas peut-être raisonna une première fois. Le 30 décembre 1975, un décret financier résolument anti porno très stricte, la
tristement nommée "Loi X", est promulguée. Elle majore à 33% la TVA des films pornographiques, prélève 20% des bénéfices sur les productions françaises, taxe le prix des places à 50% et réserve
les projections à des salles spécialisées, créant ainsi un ghetto. A l’appel commun du PS, du
PCF, de la CGT et des étudiants en cinéma de l’Idhec, une manifestation est organisée pour dénoncer une « nouvelle censure cinématographique et l’atteinte qu’elle porte au droit du travail ».
Moins d’argent, moins de possibilités d’expérimentation, cela changea dramatiquement la donne, et s'accompagna par une stigmatisation extrême : il en résulta une désertification des salles, pour cause de baisse logique de la production, et une spécialisation du marché. Produire et consommer du porno était une affaire de spécialiste et faisait de l'individu découvert qui y consentait un pervers.
On dit souvent que à toute chose malheur est bon : le porno produit devenant forcément une affaire de passion, il s'en suivit tout un tas de films inventifs, de qualités, souvent artistiques.
On peut sans hésiter citer parmi les autres films marquants des années 70, Sensations, en 1975, de l'italien Lasse Braun (alias Alberto Ferro), Spécialités danoises, du danois Werner Hedman en 1973, le sexe qui parle de Claude Mulot (sous le pseudonyme de Frédéric Lansac), Mes nuits avec ... Alice, Pénélope, Arnold, Maud et Richard du français Michel Barny (Didier Philippe-Gérard)en 1976.
C'était l'époque bénie (ou maudit, c'est selon) où certains pornographes pensaient déjà que le porno peut participer au septième art.
(A suivre dans X Story, Partie II )
Pour approfondir ... une page de conversation surprenante disponible chez Amazon !
Affiches des films présentés, avec pour chacun des liens pour en savoir plus :
Extrait de "A l'Ecu d'Or", 1908
History of Blue Movie, de Alex de Ranzy, 1970 (en apprendre plus, en anglais)
Deepthroat (Gorge Profonde) de Gerard Damiano, 1972( en apprendre plus )
Behind the green door, de Jim et Artie Mitchell, 1972(en apprendre plus )
Specialites danoises, ou "I tyrens Tegn", "In the sign of Taurus", nommé encore "Les leçons de carolla" de Werner Hedman, le principal réalisateur de la grande serie des "Tegn", avec le grand acteur nain Torben Bille, en 1973 (en apprendre plus)
The Devil in Miss Jones, de Gerard Damiano, en 1973 (en apprendre plus)
Exhibition, de Jean-Francois Davy, 1975( en apprendre plus )
interview du réalisateur (document d'époque)
Le sexe qui parle, de Frederic Lansac (Claude Mulot) en 1975 (en apprendre plus)
Change pas de main, de Paul Vecchiali, 1975( en apprendre plus )
Sensations, de Lasse Braun, 1975( en apprendre plus sur les films de Lasse Braun)

Mes nuits avec ... Alice, Penelope, Arnold, Maud et Richard, de Michel Barny, 1976(en apprendre plus)
Team: "Eyes Book"
Flesh / "Insolentes Art" - site officiel de Lisa Spice: http://www.lisa-spice.fr/accueil.php